Après la Coupe du monde, Kalshi et Polymarket accusent un net recul d’activité
La finale de la Coupe du monde a livré son verdict sur le terrain. Sur les marchés de prédiction, elle a marqué la fin d’une frénésie spéculative de plusieurs milliards de dollars. Après la victoire de l’Espagne face à l’Argentine (1-0), l’intérêt ouvert cumulé de Kalshi et Polymarket a reculé de près de 20 % par rapport à son pic d’environ 2 milliards de dollars atteint début juillet. Ce brusque reflux révèle la dépendance des plateformes de prédiction aux grands rendez-vous médiatiques et relance le débat sur leur capacité à maintenir l’engagement des utilisateurs en dehors des événements mondiaux.

En bref
- L’open interest combiné de Kalshi et Polymarket chute de 20 % suite au sacre de l’Espagne, marquant la fin de l’euphorie spéculative autour du Mondial.
- L’assèchement du calendrier sportif fait dévisser les volumes hebdomadaires de 55 % sur Kalshi et de près de 70 % sur Polymarket.
- Sur Polymarket, deux tiers des 194 000 parieurs terminent dans le rouge, tandis qu’une poignée de 54 adresses génère plus de 100 000 $ de bénéfices.
- L’intérêt ouvert diminue plus lentement que le volume car les capitalisations restent bloquées jusqu’au dénouement officiel des contrats.
L’effondrement brutal des volumes transactionnels sur Kalshi et Polymarket
La fin du mondial de football a provoqué une baisse spectaculaire de l’activité transactionnelle sur les deux principales plateformes de prédiction, en l’occurrence Kalshi et Polymarket, où les paris sportifs avaient capté environ 80 % des volumes globaux durant le tournoi. Ainsi, les données publiées mettent en avant les chiffres hebdomadaires liés au sport :
- Kalshi : les volumes hebdomadaires ont culminé à environ 9 milliards de dollars lors de la semaine du 5 juillet, avant de s’effondrer de près de 55 % pour s’établir à environ 4 milliards de dollars au 19 juillet ;
- Polymarket : les volumes hebdomadaires ont dégringolé de près de 70 % sur la même période, passant d’un sommet proche de 2,3 milliards de dollars à seulement 740 millions de dollars.
Cette contraction s’explique par la mécanique interne de la compétition sportive et la diminution progressive de l’offre de contrats négociables. La phase de groupes, qui réunissait 48 équipes entre la mi-juin et la fin de ce mois, offrait une densité de rencontres quotidienne qui alimentait une rotation permanente des capitaux. Au fur et à mesure que le calendrier s’est resserré durant les phases à élimination directe, le nombre de matchs quotidiens s’est réduit, entraînant l’assèchement graduel des marchés disponibles pour les parieurs jusqu’à la tenue de la finale de la Coupe du monde.
Le bilan empirique des portefeuilles liés à la Coupe du monde
L’analyse bilancielle des participants aux paris liés à cette Coupe du monde révèle une asymétrie marquée dans la distribution des profits et pertes sur ces marchés décentralisés. Les données compilées indiquent que 194 000 adresses uniques ont négocié sur le marché dédié au vainqueur de la Coupe du Monde, et qu’environ deux tiers d’entre elles ont essuyé des pertes financières. La grande majorité des variations de solde est restée contenue sous le seuil des 100 dollars, bien que des écarts extrêmes aient été observés entre la base d’utilisateurs habituelle et une minorité d’acteurs de très grande taille.
Dans le détail de cette répartition, seules 54 adresses ont généré plus de 100 000 dollars de bénéfices nets sur ce contrat particulier, parmi lesquelles cinq adresses ont réussi à franchir le cap du million de dollars de gains. À l’opposé du spectre financier, 43 adresses ont enregistré des pertes individuelles supérieures à 100 000 dollars lors du dénouement de la compétition. Ces statistiques démontrent que malgré la démocratisation apparente des outils spéculatifs Web3 auprès du grand public, l’essentiel du capital net généré reste concentré entre les mains d’un nombre extrêmement restreint d’opérateurs.
La résilience de l’intérêt ouvert et le décalage des mécaniques de marché
Sur le plan purement structurel, la baisse de l’intérêt ouvert global s’est montrée nettement plus modérée que l’effondrement direct des volumes bruts d’échange. Sur une base hebdomadaire lissée, l’intérêt ouvert combiné est passé de 1,2 milliard de dollars à la fin du mois de mai à près de 1,8 milliard de dollars pour la semaine close le 5 juillet, pour revenir aux alentours de 1,5 milliard de dollars lors de la semaine clôturée le 19 juillet. Cette différence entre les deux indicateurs on-chain s’explique par la nature technique des métriques. Le volume quotidien mesure la rotation immédiate du capital négocié sur des matchs récents, tandis que l’intérêt ouvert conserve les sommes bloquées.
Un tel décalage provient du fait que le capital immobilisé dans l’intérêt ouvert ne se libère qu’au moment du règlement officiel des marchés sous-jacents. Tant que les événements ne sont pas formellement clôturés par les validateurs, les positions restent inscrites au bilan des plateformes. Ainsi, alors que l’activité d’échange s’arrête instantanément avec le coup de sifflet final, le désengagement financier s’effectue avec une inertie naturelle, étalant la contraction des capitaux engagés sur une période plus longue que la chute brutale de la liquidité quotidienne.
À la suite du plus grand événement sportif mondial, l’activité globale sur les marchés de prédiction devrait entrer dans une phase de léthargie relative en l’absence de catalyseur immédiat de même envergure pour soutenir l’engagement des utilisateurs. La rétention de la liquidité constituera le défi principal pour ces plateformes jusqu’à l’émergence du prochain cycle d’attention majeur, attendu avec la campagne des élections américaines de mi-mandat à l’automne. Si ces protocoles ont prouvé leur capacité à capter l’attention lors des grands rendez-vous, leur valorisation à long terme dépendra de leur capacité à diversifier durablement leurs thématiques transactionnelles au-delà des phénomènes purement saisonniers.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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