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MARA-Exaion : La France conquise ou ouverte de l'intérieur ?

18h00 ▪ 12 min de lecture ▪ par Florent G.
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Quatre mots en anglais, cités dans une plainte déposée cet été devant un tribunal fédéral de New York : « The Conquest of Gaul ». D’après les plaignants, c’est ainsi que le patron de MARA aurait félicité ses équipes, juste après la prise de contrôle d’Exaion, une société née au sein d’EDF. Vraie formule ou blague de commerciaux qui se rêvent en Jules César ? Le tribunal tranchera peut-être. La question de fond, elle, reste entière. La France a-t-elle été conquise, ou a-t-elle ouvert elle-même la porte du village ? J’ai repris ce dossier pièce par pièce. À chaque étape, je sépare ce qui est prouvé, ce qui est seulement allégué et ce qui ne peut pas être vérifié.

MARA-Exaion : La France conquise ou ouverte de l'intérieur ?

En bref

  • MARA a payé 147,96 millions d’euros pour 64 % d’Exaion : 115 millions en actions nouvelles et 32,96 millions en titres rachetés (contrat du 11 août 2025, SEC).
  • La clause de non-concurrence de 24 mois imposée à EDF a été supprimée par un avenant daté du 30 janvier 2026 (SEC).
  • L’agence Forward Global a déclaré à la HATVP, pour l’année 2025, une action pour MARA visant « l’approbation du ministère de l’Économie ».
  • La plainte du 22 juillet 2026 réclame au moins 6,92 millions d’euros, plus 4,4 millions conditionnels ; MARA juge les accusations sans fondement.

Qu’a acheté MARA en prenant 64 % d’Exaion ?

MARA a acquis 64 % d’Exaion au prix de 28,14 euros par action, selon le contrat d’investissement du 11 août 2025 déposé auprès de la SEC. L’opération a été annoncée comme réalisée le 20 février 2026, comme l’avait rapporté Cointribune lors de la prise de contrôle d’Exaion par MARA.

Le détail tient en deux lignes du contrat : 114,99 millions d’euros de capital nouveau injecté dans Exaion, et 32,96 millions versés aux vendeurs, dont 30 millions à EDF. Une troisième tranche d’environ 110 millions d’euros est prévue entre le 31 mars et le 30 septembre 2027.

Exaion, immatriculée en novembre 2018, vend du calcul haute performance (HPC), c’est-à-dire de la puissance informatique louée pour des tâches lourdes comme l’IA, ainsi que des services d’infrastructure blockchain. Ses comptes publiés sur Pappers affichent 1,99 million d’euros de chiffre d’affaires en 2024 pour une perte de 4,38 millions, puis 3,87 millions de chiffre d’affaires en 2025 pour une perte de 5,07 millions.

Selon nos calculs, le montant engagé représente environ 74 fois le chiffre d’affaires 2024. C’est le prix d’un emplacement plus que d’un fonds de commerce : MARA vit du minage de Bitcoin, donc de l’électricité, et présente Exaion dans sa lettre aux actionnaires du quatrième trimestre 2025 comme une pièce de sa plateforme d’infrastructure « avantagée en énergie » hors des États-Unis (traduction de la rédaction).

Pourquoi des élus de bords opposés se sont-ils inquiétés ?

Le 22 octobre 2025, le député Philippe Latombe (Les Démocrates) a interrogé le gouvernement sur la cession d’Exaion, et le 4 novembre 2025 Éric Ciotti (UDR) a demandé au Premier ministre de la bloquer, selon les comptes rendus de l’Assemblée nationale. Le 8 octobre, deux semaines avant sa question, Philippe Latombe avait résumé sa crainte dans une tribune.

Il est inconcevable d’abandonner à un acteur américain le contrôle de la flexibilité et la sécurité du réseau français.

Philippe Latombe, député de la Vendée, tribune publiée dans La Tribune, 8 octobre 2025

Le gouvernement a répondu par deux phrases. 

Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a déclaré à Philippe Latombe, dans la question au gouvernement n°910 : « Cette société ne fait pas de minage de bitcoins, activité extrêmement stratégique. » 

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a répondu à Éric Ciotti, dans la question au gouvernement n°946 : « Exaion n’est pas à vendre, heureusement », avant d’ajouter qu’« EDF restera au capital ». Réplique d’Éric Ciotti dans l’hémicycle : « C’est pareil ! »

Les deux phrases sont exactes à la lettre. EDF reste actionnaire, mais minoritaire face aux 64 % de MARA. Exaion ne mine pas, mais son site propose une offre baptisée « Exaion Bitcoin Offering » : des accès RPC et des nœuds complets hébergés en France et au Canada. Un nœud complet est un serveur qui garde une copie de la blockchain Bitcoin et vérifie chaque transaction ; c’est de l’infrastructure, pas du minage.

Les élus ne se sont pas arrêtés aux questions orales. Philippe Latombe et le sénateur Dany Wattebled ont adressé un signalement au Parquet national financier pour demander « un examen approfondi de l’opération », a rapporté Alliancy le 24 février 2026. Un signalement n’est ni une plainte ni une preuve, et aucune enquête n’a été confirmée publiquement à ce jour.

Que prévoyait la clause de non-concurrence retirée ?

L’article 14.3 du contrat d’investissement interdisait à EDF et à ses filiales détenues à 100 %, pendant 24 mois après la clôture, en France et au Canada, toute activité consistant à fournir des infrastructures de calcul haute performance « sécurisées, souveraines et décarbonées » pour des charges critiques. Seuls les services développés pour les besoins internes du groupe EDF y échappaient.

C’est l’équivalent d’un bail commercial qui interdit au vendeur d’ouvrir la même boutique en face pendant deux ans. Le 30 janvier 2026, un avenant au contrat, déposé auprès de la SEC, a supprimé cet article. Le même texte précise que ces engagements seront traités dans le pacte d’actionnaires conclu avec EDF Pulse Holding et les fondateurs, un document qui n’a pas été rendu public.

Le gouvernement présente ce retrait comme une condition qu’il a obtenue. « Nous avons été extrêmement vigilants », a déclaré le ministre de l’Économie Roland Lescure, cité par Alliancy. Selon Alliancy, l’État a aussi exigé l’entrée de NJJ, la holding de Xavier Niel. Le communiqué de MARA du 20 février 2026 précise que NJJ prend 10 % de MARA France, la société qui porte la participation. Le conseil d’Exaion compte trois membres désignés par MARA, trois par EDF Pulse Ventures, un par NJJ, plus le dirigeant cofondateur.

Qui a porté le dossier de MARA auprès de l’État ?

Le 25 août 2025, MARA a annoncé l’arrivée de Gérard Mestrallet, ancien PDG d’Engie, comme conseiller senior, selon son communiqué publié sur GlobeNewswire. Le même texte le présente comme envoyé spécial nommé par Emmanuel Macron pour le corridor économique Inde, Moyen-Orient, Europe. Il nomme aussi François Garcin directeur général Europe, chargé de créer MARA France.

Ce cumul n’est pas interdit. Les éventuelles règles de déport qui l’encadrent n’ont pas été publiées, et ce point n’a pas pu être vérifié.

Le lobbying, lui, est déclaré. Sur sa fiche au répertoire de la HATVP, Forward Global indique pour son client MARA Holding Inc. un objectif explicite : « Obtenir l’approbation du ministère de l’Économie pour permettre à la société américaine Mara d’entrer au capital d’Exaion ». La période couvre l’année 2025 ; les cibles déclarées incluent des collaborateurs du président de la République, des membres du gouvernement et des parlementaires.

L’offre française déposée la veille

Le 3 novembre 2025, la veille de la réponse du Premier ministre, le consortium FlexGrid France a adressé à EDF Pulse Holding et au directeur général du Trésor une lettre d’intention signée par son mandataire Sébastien Gouspillou. Elle proposait environ 30 millions d’euros pour les titres détenus par EDF Pulse Holding, plus jusqu’à 150 millions d’euros d’équipements et de financement, et posait comme condition la fin des clauses de non-concurrence sur le calcul haute performance.

L’offre était non engageante et valable jusqu’au 31 janvier 2026. Le consortium indique avoir été reçu à l’Élysée et à Bercy, sans suite ; aucune évaluation publique de cette offre n’a été publiée.

Que dit la plainte déposée à New York ?

Le 22 juillet 2026, François Garcin et trois sociétés liées (Athanor, Argenthal Global Holdings et Argenthal Sansovino) ont assigné MARA Holdings devant le tribunal fédéral du district sud de New York, selon le registre de l’affaire n°1:26-cv-06190, confiée au juge Lewis J. Liman. Le litige est contractuel : les plaignants réclament au moins 6,92 millions d’euros, dont environ 5,92 millions de commission de succès sur Exaion, plus 4,4 millions conditionnés à la tranche de 110 millions prévue en 2027.

La plainte contient aussi des allégations sur la conduite du dossier, rapportées par la presse, qu’aucune décision n’a examinées :

  • Le mandat. Signé en juin 2025, il aurait couvert, selon les plaignants, l’acquisition d’Exaion mais aussi des centres de minage de Bitcoin.
  • Le « cheval de Troie ». François Garcin affirme avoir été chargé de convaincre le président de la République que l’arrivée de MARA n’en était pas un.
  • La « conquête de la Gaule ». Les plaignants attribuent à Fred Thiel, PDG de MARA, un message interne saluant la prise de contrôle sous ce nom.
  • La séparation. Le 6 mars 2026, MARA a mis fin au mandat de François Garcin et s’est séparée d’autres conseillers français, dont Gérard Mestrallet et Steven Zunz, de Forward Global.

MARA conteste l’ensemble. « Nous estimons que ces accusations sont fabriquées ou totalement dénuées de fondement », a déclaré un représentant du groupe à Blockspace, cité par Yahoo Finance le 27 juillet 2026 (traduction de la rédaction). Le groupe n’avait pas encore répondu devant le tribunal à cette date.

DateÉtapeDocument
Juin 2025Mandat entre François Garcin et MARAPlainte (allégation)
11/08/2025Contrat d’investissement, clause de 24 moisSEC
25/08/2025Gérard Mestrallet conseiller senior de MARACommuniqué MARA
22/10/2025« Cette société ne fait pas de minage »Assemblée nationale
03/11/2025Lettre d’intention de FlexGrid FranceLettre publiée
04/11/2025« Exaion n’est pas à vendre »Assemblée nationale
30/01/2026Avenant supprimant la clauseSEC
20/02/2026Réalisation annoncée, entrée de NJJCommuniqué MARA
06/03/2026Fin du mandat de François GarcinPlainte
22/07/2026Dépôt de la plainte à New YorkRegistre judiciaire
Sources : SEC, Assemblée nationale, MARA, FlexGrid France, registre du tribunal fédéral du district sud de New York, consultés le 19/10/2026.

Ce qui est établi, et ce qui ne l’est pas

Cinq points reposent sur des documents publics. MARA contrôle 64 % d’Exaion ; une clause de 24 mois bridait EDF et a été retirée ; le site d’Exaion vend une offre d’infrastructure Bitcoin ; un lobbying déclaré visait le feu vert de Bercy ; deux parlementaires ont saisi le Parquet national financier.

Le reste n’est pas établi. Rien ne prouve qu’Exaion devait miner du bitcoin, ni qu’une règle a été enfreinte, et tout ce qui vient de la plainte reste allégué et contesté. Florent Gabriel détaille ce dossier dans sa vidéo consacrée à l’affaire Exaion, où figurent ses coordonnées pour transmettre tout document vérifiable.

La prochaine échéance est écrite dans le contrat : entre le 31 mars et le 30 septembre 2027, MARA doit financer une nouvelle tranche d’environ 110 millions d’euros, qui peut porter sa part jusqu’à 75 % et conditionne une partie des sommes réclamées à New York. D’ici là, deux réponses restent attendues, celle de MARA devant le juge Liman et celle de l’État sur l’offre française et le contenu du pacte d’actionnaires, alors que le groupe poursuit son virage vers l’IA et l’énergie, comme l’a montré la vente de 15 133 BTC et le plan de départs de MARA en avril.

Transparence : je travaille dans le minage de Bitcoin et je faisais partie du groupe d’industriels français qui proposait une alternative au rachat. Cet intérêt est déclaré. Il n’invalide pas les questions, il m’oblige à montrer les documents.

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Florent G. avatar
Florent G.

Je démocratise le minage de Bitcoin clé en main et décrypte pour Cointribune les coulisses du mining, de l’énergie et du Bitcoin.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.