MiCA freine l’USDT en Europe, mais la demande mondiale reste solide
La pression européenne sur les stablecoins change l’accès aux actifs numériques. Depuis la fin de la période de transition européenne, plusieurs plateformes retirent l’USDT de leurs offres. Pourtant, les données disponibles ne montrent pas de baisse nette de la demande mondiale. L’activité progresse sur certains marchés émergents, où les stablecoins servent aux paiements, transferts et services financiers. Cette évolution place le MiCA face à un enjeu central : encadrer l’accès européen sans modifier les usages mondiaux du dollar numérique.

En bref
- Le MiCA pousse plusieurs plateformes européennes à retirer progressivement l’USDT de leurs offres.
- La fin de la période de transition européenne n’a pas provoqué de baisse notable de la demande mondiale.
- En Argentine, l’usage des stablecoins progresse avec les paiements, les transferts et les services financiers.
- L’activité augmente également sur Tron et Binance Smart Chain, notamment grâce à leurs faibles frais.
- Les stablecoins en euros suscitent davantage d’intérêt en Europe, mais le dollar conserve une place centrale dans le marché mondial.
L’USDT recule des plateformes européennes
Revolut a annoncé à ses utilisateurs européens le retrait de l’USDT après le 31 août. Elles adaptent leurs offres aux exigences du règlement sur les marchés des crypto-actifs. Les règles concernant les stablecoins s’appliquent progressivement depuis 2024. La période de transition de l’Union européenne a pris fin le 1ᵉʳ juillet.
Cette échéance renforce la pression sur les plateformes qui doivent écarter les jetons non conformes. Le règlement MiCA transforme ainsi l’accès au marché européen sans réduire l’usage global des stablecoins. Selon un rapport d’Artemis Analytics, relayé par Cointelegraph, cette évolution n’a pourtant pas provoqué de changement notable dans l’activité liée à l’USDT. Alex Weseley, responsable de la recherche et des données, ne relève pas de modification claire de l’offre ou de la demande directement liée à l’entrée en vigueur du MiCA.
Il explique que les « données ne montrent pas non plus de migration majeure entre plateformes ou chaînes ». Le retrait européen apparaît donc comme une transformation de l’accès réglementé. Cette situation distingue les contraintes imposées aux plateformes européennes de l’activité observée sur les marchés mondiaux. La demande reste ainsi soutenue malgré le durcissement du cadre régional.
La demande mondiale résiste au choc européen
La situation observée en Argentine apporte un autre éclairage sur cette demande. Les stablecoins en dollars ne servent plus uniquement au commerce ou à la conservation d’une épargne. Ils occupent une place croissante dans les paiements, les transferts et certains services financiers. Cette évolution réduit la pertinence d’une mesure de la demande fondée seulement sur les plateformes réglementées européennes.

Lemon, plateforme argentine de cryptomonnaies et de services financiers, a traité 9,3 milliards de dollars en 2025. Ce volume représente une hausse de 60 % sur un an. Dans le même temps, le nombre d’utilisateurs actifs dans les transactions a progressé de 70 %, jusqu’à près de 1,8 million. Le volume des stablecoins a aussi augmenté de 45 %, confirmant une utilisation plus large des actifs numériques indexés sur le dollar.
Ignacio Gimenez, directeur commercial et de la planification de Lemon, décrit une évolution du rôle de l’USDT et des autres stablecoins :
Le rôle de l’USDT et des autres stablecoins indexés sur le dollar évolue. On observe un passage des stablecoins comme réserve de valeur à ceux comme infrastructure financière.
Ignacio Gimenez, directeur commercial et de la planification de Lemon. Source : Cointelegraph.
Selon lui, leur fonction passe progressivement d’une réserve de valeur à une infrastructure financière. Les utilisateurs peuvent payer au Brésil via PIX, recevoir des dollars ou des euros depuis l’étranger et obtenir des soldes numériques. Ces usages montrent pourquoi la demande peut rester solide malgré les restrictions européennes.
MiCA transforme la passerelle européenne
Les données d’Artemis montrent aussi une progression notable de l’activité sur certaines blockchains. Sur Tron, le nombre d’utilisateurs quotidiens a augmenté de 44 %, pour atteindre environ 908 000. Ces réseaux attirent notamment les utilisateurs de stablecoins grâce à leurs frais réduits. Cette évolution accompagne une utilisation plus large des actifs numériques sur certains marchés.
Pour Alex Weseley, cette progression ressemble à une expansion des usages sur les marchés mondiaux et émergents. Il a déclaré que :
Les données de chaîne ne montrent pas de rupture claire correspondant au lancement du MiCA. Elles ne signalent donc pas un déplacement spécifique de l’activité européenne vers d’autres réseaux. Le mouvement observé accompagne plutôt une utilisation plus large des stablecoins.
Alex Weseley, responsable de la recherche et des données d’Artemis Analytics. Source : Cointelegraph.
Le MiCA conserve néanmoins un rôle majeur pour les plateformes réglementées européennes. Il détermine les stablecoins qu’elles peuvent proposer et modifie progressivement la structure du marché régional. Maksym Sakharov, PDG et cofondateur de WeFi, estime que « la réglementation agit surtout sur l’accès aux stablecoins en dollars ». La demande sous-jacente reste liée au trading, aux paiements et aux transferts transfrontaliers.
Les stablecoins en euros cherchent leur place
Le marché européen doit déterminer quelles alternatives les utilisateurs vont adopter. Les stablecoins libellés en dollars disposent d’un avantage historique, car le dollar reste la principale référence du marché des cryptomonnaies. Une restriction ne supprime donc pas les besoins qui soutiennent cet usage. Elle peut surtout modifier les canaux par lesquels les utilisateurs accèdent aux actifs numériques.

Erald Ghoos, directeur général d’OKX Europe, indique que « sa plateforme ne proposait déjà plus l’USDT aux utilisateurs européens depuis environ deux ans ». La dernière échéance réglementaire n’a donc pas produit d’effet majeur sur son activité. Certaines plateformes avaient donc anticipé les changements de règles. La transition européenne ne s’effectue ainsi pas au même moment pour tous les acteurs.
Dans ce contexte, les stablecoins en euros suscitent un intérêt croissant auprès des institutions. Ghoos observe une volonté de créer davantage d’actifs numériques libellés en euros. Pour les particuliers, ces solutions pourraient simplifier les transactions et réduire les conversions de devises. Toutefois, leur progression dépendra aussi de leur capacité à répondre aux usages déjà installés autour des stablecoins en dollars.
Un marché mondial moins dépendant des plateformes européennes
L’Argentine illustre explicitement cette transformation des usages. La progression du volume traité par Lemon, des utilisateurs actifs et des transactions en stablecoins accompagne une utilisation plus quotidienne. Dans d’autres marchés émergents, la hausse des utilisateurs sur Binance Smart Chain et Tron confirme cette tendance. Ces données ne prouvent pas un transfert depuis l’Europe, mais elles montrent une expansion indépendante de cette région.
Pour les plateformes européennes, MiCA impose donc une sélection plus stricte des actifs proposés. Pour les utilisateurs mondiaux, les données disponibles décrivent une demande qui s’appuie sur la liquidité, l’usage par les contreparties et la présence sur plusieurs marchés. Les alternatives en euros peuvent gagner du terrain, notamment auprès des institutions. Mais le rôle international du dollar reste un facteur central dans l’évolution future des stablecoins.
À court terme, le marché européen devrait poursuivre son adaptation aux règles applicables. En parallèle, la croissance observée sur certains marchés émergents pourrait continuer à soutenir la demande mondiale. L’équilibre dépendra donc moins des seuls retraits européens que de l’évolution des paiements, transferts et services financiers numériques. Dans ce cadre, l’USDT peut rester présent dans les usages mondiaux, tandis que MiCA continuera de redessiner son accès en Europe. L’USDT reste ainsi soumis à deux dynamiques distinctes.
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Journaliste et rédacteur web passionné par l’univers des cryptomonnaies et des technologies Web3. J’y traite les dernières tendances et actualités afin de proposer un contenu de haute qualité à un large public du secteur.
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