L’ESMA alerte sur les liens croissants entre crypto et finance
Les liens entre crypto et finance traditionnelle deviennent assez importants pour attirer davantage l’attention du régulateur européen. Dans son rapport de surveillance des risques publié le 10 septembre, l’ESMA demande de suivre de près cette interconnexion. Actions tokenisées, DeFi et marchés prédictifs sont directement cités. Le régulateur ne parle pas encore d’un risque systémique installé, mais de nouveaux canaux capables de transmettre un choc crypto au reste des marchés financiers.

En bref
- L’ESMA surveille le rapprochement entre marché crypto et finance traditionnelle.
- Les actions tokenisées et les exploits DeFi font partie des risques identifiés.
- Les marchés prédictifs posent aussi des problèmes de manipulation et de délit d’initié.
Crypto et finance traditionnelle sont de moins en moins séparées
La formule utilisée par l’ESMA est assez claire. Le régulateur demande une surveillance accrue du lien croissant entre des marchés crypto qu’il juge « de plus en plus vulnérables » et le système financier au sens large.
Les actions tokenisées sont l’un des exemples retenus. Leur poids reste encore négligeable par rapport aux marchés actions mondiaux. Leur adoption progresse néanmoins et fait entrer de nouvelles infrastructures, de nouveaux investisseurs et de nouveaux intermédiaires dans un même circuit.
On avait déjà détaillé les réserves de l’ESMA concernant les actions tokenisées, notamment lorsque le token ne donne pas exactement les mêmes droits que l’action traditionnelle qu’il représente.
Le changement de ton est intéressant. En mars, l’ESMA écrivait encore que l’adoption de la tokenisation restait limitée, avec des volumes relativement faibles et des applications étroites. Elle reconnaissait déjà une progression et des avantages possibles : règlement plus rapide, automatisation par smart contracts ou utilisation d’actifs traditionnels dans la DeFi.
Six mois plus tard, l’adoption reste précoce. Mais le sujet apparaît désormais aussi dans la rubrique des risques de transmission financière. La frontière bouge.
Les exploits DeFi peuvent désormais dépasser la seule crypto
La DeFi constitue le deuxième point. L’ESMA évoque les récents exploits de protocoles comme une source renouvelée d’inquiétude concernant l’interconnexion et les possibles effets de débordement. Elle ne donne pas, dans son communiqué, une liste précise des incidents responsables de cette inquiétude.
Le mécanisme est assez simple. Tant qu’un protocole DeFi ne manipule que des actifs purement crypto, une perte reste surtout concentrée dans cet écosystème. Les choses changent lorsque les mêmes protocoles accueillent des actions tokenisées, des fonds monétaires, du crédit privé ou d’autres actifs issus de la finance traditionnelle.
Un smart contract compromis peut alors toucher des actifs dont la valeur et les contreparties se trouvent en dehors de la blockchain.
C’est précisément le rapprochement que surveille l’ESMA. Le sujet dépasse d’ailleurs l’Europe. L’OCDE a identifié cette année la croissance des connexions entre crypto et marchés traditionnels comme un risque potentiel de contagion, notamment via les stablecoins et leurs réserves en actifs financiers classiques.
Cela ne signifie pas qu’une attaque DeFi provoquerait aujourd’hui une crise financière européenne. L’ESMA ne l’affirme pas. Elle dit plutôt que plus les deux systèmes utilisent les mêmes actifs et les mêmes acteurs, plus il devient difficile de considérer leurs risques séparément.
La tokenisation accélère justement cette convergence. Cointribune relevait récemment que la tokenisation devient un chantier majeur pour les institutions financières.
Les marchés prédictifs ajoutent un autre problème
Le troisième dossier est moins lié au risque de crédit ou de liquidité. Il concerne l’intégrité du marché. Selon l’ESMA, les marchés prédictifs peuvent présenter des risques accrus de délit d’initié, wash trading et manipulation coordonnée. L’utilisation d’infrastructures crypto peut également compliquer la détection de certaines de ces pratiques.
Le régulateur avait déjà commencé à s’y intéresser avant ce nouveau rapport. En juillet, il a rappelé que certains contrats reposant sur un résultat binaire peuvent tomber sous les règles européennes existantes sur les options binaires. Tout dépend du produit et de l’événement sous-jacent. Certains contrats peuvent aussi relever du droit national des jeux.
On avait alors expliqué comment l’ESMA encadre les marchés prédictifs en Europe. Le secteur a pourtant continué à grossir. Les plateformes permettent désormais de prendre position sur des élections, des décisions économiques, des événements sportifs ou des textes de loi. Pour l’ESMA, le problème n’est donc plus seulement de savoir si un token relève de MiCA ou si un protocole DeFi fonctionne sans intermédiaire. La crypto commence à partager davantage d’actifs, de liquidité et d’utilisateurs avec la finance classique. Pour l’instant, l’ESMA parle de surveillance et de vulnérabilités, pas d’une crise en cours.
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Fasciné par le bitcoin depuis 2017, Evariste n'a cessé de se documenter sur le sujet. Si son premier intérêt s'est porté sur le trading, il essaie désormais activement d’appréhender toutes les avancées centrées sur les cryptomonnaies. En tant que rédacteur, il aspire à fournir en permanence un travail de haute qualité qui reflète l'état du secteur dans son ensemble.
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