L’anonymat crypto n’est qu’une illusion, prévient Pékin
La Chine s’attaque à une vieille réputation de la crypto. Pour son ministère de la Sécurité d’État, utiliser bitcoin ou d’autres actifs numériques ne suffit pas à disparaître des radars. Les transactions publiques restent dans la blockchain, les exchanges connaissent souvent leurs clients et les conversions en monnaie classique peuvent laisser de nouvelles traces. Pékin parle de fraude, de blanchiment, de rançons et même d’espionnage. Le constat tient assez bien pour Bitcoin. Pour toute la crypto, c’est déjà moins simple.

En bref
- La Chine affirme que l’anonymat offert par la crypto est largement surestimé.
- Bitcoin permet de suivre publiquement les mouvements entre adresses pendant des années.
- Monero et Zcash ont justement été conçus pour cacher beaucoup plus d’informations.
Pékin s’attaque au mythe de l’anonymat crypto
La première partie du raisonnement chinois est assez classique. Une adresse Bitcoin ne porte aucun nom, mais les transactions restent traçables sur la blockchain. Montants, adresses utilisées et historique des mouvements peuvent être consultés dans un explorateur.
Le ministère chinois de la Sécurité d’État, ou MSS, s’appuie sur cette caractéristique pour mettre en garde contre une utilisation criminelle de la crypto. Il cite notamment les fraudes téléphoniques, les jeux d’argent en ligne et certains trafics transfrontaliers. Les rançongiciels entrent aussi dans la liste. Le ministère affirme par ailleurs que des services de renseignement étrangers peuvent utiliser des actifs numériques pour rémunérer des agents sans passer directement par le système bancaire traditionnel.
La crypto complique alors le travail. Elle ne le rend pas forcément impossible. Une adresse fraîchement créée peut très bien ne révéler presque rien sur son propriétaire. Les fonds arrivent, repartent vers un deuxième wallet, puis un troisième. Aucun nom n’apparaît dans le registre. Cela peut durer longtemps. Le problème commence lorsqu’un de ces mouvements croise une information située ailleurs.
Bitcoin n’oublie pas les transactions
Bitcoin possède une particularité assez gênante pour quelqu’un qui cherche un anonymat absolu : son historique reste là. Une transaction crypto effectuée aujourd’hui peut toujours être examinée plusieurs années plus tard. Les outils disponibles à ce moment-là ne seront peut-être même plus les mêmes.
Un bitcoin peut passer par plusieurs adresses. Ces mouvements ne disparaissent pas pour autant. C’est très différent du liquide. Un billet de 100 dollars passe dans un magasin, revient dans une caisse, est déposé dans une banque puis ressort éventuellement ailleurs. Il ne transporte pas avec lui un registre public contenant chacune de ces étapes.
Sur Bitcoin, le registre existe. Cela ne signifie pas qu’il indique automatiquement qui possède chaque adresse. C’est là qu’il faut éviter de mélanger deux choses. La blockchain permet de suivre les fonds. Identifier la personne demande généralement autre chose. Les sociétés d’analyse crypto essaient justement de rapprocher plusieurs adresses, d’identifier des comportements récurrents ou de repérer les wallets appartenant à certains services connus. Une enquête peut aussi commencer par une adresse déjà identifiée et remonter vers d’anciens mouvements.
L’utilisateur qui pensait être tranquille parce qu’aucun nom n’apparaissait à côté de son wallet peut alors avoir une mauvaise surprise. Pékin parle donc d’« illusion ». Pour Bitcoin, le terme n’est pas absurde si l’on parle d’un anonymat complet. Le réseau est pseudonyme. Ce n’est pas exactement la même chose.
L’identité revient souvent par les exchanges
Le moment le plus intéressant arrive lorsque les bitcoins quittent simplement la blockchain pour toucher une entreprise qui connaît son client. Prenons une personne qui utilise dix adresses différentes. Elle reçoit des BTC, les déplace plusieurs fois et évite de publier ses wallets. Vu uniquement depuis la blockchain, mettre un nom derrière chaque mouvement peut rester difficile.
Puis elle envoie une partie des fonds vers un grand exchange centralisé. Cette plateforme crypto a peut-être déjà demandé son passeport, son adresse, son numéro de téléphone et d’autres informations lors de la vérification KYC.
Le décor change. Même chose avec une conversion vers un compte bancaire. Le ministère chinois mentionne aussi d’autres informations qui peuvent accompagner ces opérations, comme les adresses IP ou les données liées aux appareils utilisés. Les enquêteurs ne sont donc pas condamnés à regarder uniquement une suite de transactions dans un explorateur.
Ils peuvent croiser les sources. C’est souvent là que l’image de la crypto totalement anonyme s’effondre. Un utilisateur peut être très prudent sur la blockchain et beaucoup moins lorsqu’il se connecte à un service centralisé. Il peut aussi réutiliser une adresse, la publier sur un réseau social ou l’associer lui-même à une activité identifiable. Une seule erreur peut suffire à donner un point de départ. Il reste ensuite l’historique. Pas forcément tout l’historique personnel de l’utilisateur, mais parfois beaucoup plus qu’il ne l’imaginait.
Monero et Zcash changent sérieusement l’équation
C’est ici que le discours chinois devient trop large. Toutes les cryptos ne fonctionnent pas comme Bitcoin. Monero en est probablement l’exemple le plus évident. Le protocole utilise plusieurs technologies destinées à masquer les informations transactionnelles, notamment les signatures en anneau et les adresses furtives. La confidentialité fait partie du fonctionnement normal du réseau.
Zcash utilise une approche différente avec les preuves à divulgation nulle de connaissance. Certaines transactions peuvent cacher des informations tout en permettant au réseau de vérifier qu’elles restent valides.
Ce n’est plus le même terrain de jeu. Le sujet tombe d’ailleurs au moment où les privacy coins connaissent un retour spectaculaire. En cinq mois, Zcash et Monero ont participé à une hausse de 24,5 milliards de dollars de la valorisation de ce segment crypto.
Le marché des monnaies axées sur la confidentialité valait environ 11,97 milliards de dollars début avril.
Fin septembre : 36,51 milliards. Zcash est passé d’environ 319 dollars à plus de 1 500 dollars sur la période étudiée. Monero a progressé de 330 à environ 555 dollars. Pas vraiment un petit marché oublié. Cela ne veut pas dire qu’un utilisateur de Monero devient invisible dès qu’il ouvre son wallet.
S’il achète ses XMR sur une plateforme qui connaît son identité, une première information existe déjà. S’il expose son adresse IP, convertit ensuite les fonds via un intermédiaire réglementé ou commet une erreur opérationnelle, d’autres traces peuvent apparaître. La confidentialité du protocole ne protège pas automatiquement tout ce qui se passe autour. Même constat avec Zcash.
La confidentialité crypto ne concerne pas seulement les criminels
C’est aussi là que je m’éloigne du discours de Pékin. Le MSS présente essentiellement la confidentialité crypto à travers la fraude, le blanchiment, les rançons et l’espionnage. Ce n’est pas très surprenant. La Chine maintient depuis des années une politique particulièrement dure envers les actifs numériques privés et a encore renforcé son contrôle sur la crypto en 2026.
Mais vouloir garder ses finances privées n’a rien de criminel. Un commerçant payé en bitcoin n’a pas forcément envie qu’un client puisse consulter le solde de son wallet. Une entreprise ne souhaite pas nécessairement montrer à ses concurrents les paiements envoyés à ses fournisseurs. Un salarié payé en crypto peut simplement préférer que son employeur ne voie pas ensuite où part son argent.
Dans le système bancaire classique, cette confidentialité semble normale. Un paiement effectué à quelqu’un ne lui ouvre pas l’historique complet de votre compte. Sur une blockchain publique, une adresse identifiée peut parfois en révéler beaucoup plus. C’est presque le paradoxe du débat.
Pendant longtemps, bitcoin a été présenté comme une monnaie idéale pour se cacher. En réalité, son registre est extrêmement transparent. Une partie de l’industrie cherche maintenant à réparer exactement le problème inverse : comment utiliser une blockchain sans rendre toute sa vie financière observable ?
Monero apporte une réponse. Zcash en apporte une autre. Les technologies zero-knowledge progressent aussi bien au-delà des seuls privacy coins. Les enquêteurs, eux, continuent d’améliorer leurs outils. Personne n’a vraiment gagné cette course. Et probablement personne ne la gagnera définitivement. La Chine touche donc juste sur un point essentiel : une adresse composée de chiffres et de lettres ne doit jamais être confondue avec une garantie d’anonymat.
Pour bitcoin, c’est une règle de base. Mais la crypto ne se limite plus à Bitcoin. Entre une transaction BTC publique, un transfert de stablecoin sur Ethereum, une opération protégée sur Zcash et un paiement Monero, le niveau de confidentialité varie considérablement. Tout mettre dans le même panier donne un slogan efficace, mais pas une vision complète de la technologie. D’ailleurs, certains chercheurs explorent déjà des solutions pour rendre Bitcoin plus confidentiel, à l’image de Zcash.
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Enseignante et ingénieure IT, Lydie découvre le Bitcoin en 2022 et plonge dans l’univers des cryptomonnaies. Elle vulgarise des sujets complexes, décrypte les enjeux du Web3 et défend une vision d’un futur numérique ouvert, inclusif et décentralisé.
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