BlackRock veut s'imposer au cœur de l'écosystème des stablecoins
BlackRock a lancé deux fonds monétaires tokenisés pour servir de réserves aux stablecoins, rapprochant un peu plus la gestion d’actifs de la blockchain. L’annonce du 3 août 2026 s’appuie sur la loi fédérale GENIUS, en vigueur depuis juillet 2025. Jusqu’où le géant de Wall Street poussera-t-il son emprise dans le secteur crypto ?

En bref
- BlackRock a ouvert deux produits monétaires tokenisés, BSTBL et BRSRV, le 3 août 2026.
- Les deux fonds visent le statut de réserve éligible pour les émetteurs de stablecoins aux États-Unis sous la loi GENIUS.
- BUIDL, le fonds tokenisé existant de BlackRock, dépasse déjà 2,6 milliards de dollars d’actifs.
Wall Street embrasse la blockchain des réserves
Le mouvement s’inscrit dans une vague plus large : les grandes banques regardent désormais les stablecoins comme une infrastructure à part entière, et plus seulement comme un outil de spéculation.
Le marché des stablecoins subit sa pire contraction depuis l’effondrement de Terra, mais les institutionnels y voient précisément une chance d’imposer des standards. BlackRock, premier gestionnaire d’actifs mondial, prend les devants en transformant des fonds monétaires réglementés en actifs onchain.
Le premier produit, BSTBL (BlackRock Select Treasury Based Liquidity Fund OnChain Shares), reprend une classe de parts existante du fonds Select Treasury Based Liquidity Fund, hébergée sur Ethereum.
Les investisseurs éligibles déplacent les parts tokenisées entre portefeuilles approuvés, pendant que le fonds continue d’investir en liquidités, en bons du Trésor américain à court terme et en accords de rachat garantis par la dette publique. BNY agit comme agent transfert et prestataire de tokenisation pour ces parts onchain.
Le second, BRSRV (BlackRock Daily Reinvestment Stablecoin Reserve Vehicle), est un fonds monétaire tokenisé créé pour l’occasion, ouvert aux investisseurs institutionnels. Il prend en charge plusieurs blockchains, réinvestit automatiquement ses dividendes chaque jour et vise les cas d’usage des actifs numériques, dont la gestion des réserves de stablecoins. Securitize assure la tokenisation et le rôle d’agent transfert pour ce véhicule.
La loi GENIUS redessine les réserves des stablecoins
BlackRock présente les deux fonds comme structurés pour satisfaire aux exigences de réserves des émetteurs américains de stablecoins de paiement autorisés, au titre de la loi GENIUS.
Comme l’a rapporté Cointelegraph, le GENIUS Act, promulgué en juillet 2025, fixe pour la première fois un cadre fédéral contraignant pour les stablecoins adossés au dollar. En offrant des actifs de réserve tokenisés conformes, BlackRock donne ainsi aux émetteurs un socle prêt à l’emploi.
Cette conformité change la donne pour les émetteurs comme Tether ou Circle, jusqu’ici contraints de composer leurs réserves avec des instruments plus hétérogènes. Un fonds monétaire tokenisé, adossé à des bons du Trésor et géré par le premier gestionnaire mondial, réduit le risque de crédit et simplifie la justification réglementaire.
Les détenteurs de stablecoins y gagnent une transparence accrue sur la couverture de leurs dollars numériques. Jusqu’ici, les réserves des stablecoins reposaient sur des dépôts bancaires et des titres de créance de court terme, un montage que les régulateurs jugent peu transparent.
BlackRock consolide son avance sur les bons du Trésor tokenisés
L’opération étend la présence de BlackRock sur un marché des bons du Trésor tokenisés déjà dominé par le groupe. Son fonds BUIDL (USD Institutional Digital Liquidity Fund) reste le plus grand fonds tokenisé de ce type, avec plus de 2,6 milliards de dollars d’actifs selon les données du secteur. L’arrivée de BSTBL et BRSRV renforce une position qui fait de BlackRock le pivot central de la tokenisation obligataire.
L’enjeu dépasse la gestion d’actifs : en connectant directement des réserves réglementées à l’infrastructure des stablecoins, BlackRock façonne les rails sur lesquels circuleront les dollars numériques de demain. D’autres géants devront suivre, sous peine de laisser le groupe verrouiller l’accès à une liquidité institutionnelle désormais nativement onchain.
La concurrence s’organise toutefois, car plusieurs gestionnaires d’actifs étudient des véhicules comparables, mais aucun ne dispose d’une base installée comparable à celle de BUIDL.
En somme, BlackRock ne se contente plus d’observer la tokenisation : il en écrit les règles pour les réserves des stablecoins. La loi GENIUS ouvre la voie, BUIDL prouve l’appétit, et ces deux nouveaux fonds ferment la boucle entre gestion d’actifs traditionnelle et dollars numériques. La domination de BlackRock sur le Trésor tokenisé pourrait bientôt s’étendre à l’ensemble des stablecoins. La suprématie du dollar via les stablecoins, déjà examinée par la rédaction, prend ici une traduction très concrète.
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