La BCE bloque l’essor des stablecoins en euro et alerte sur un risque pour la stabilité financière
La Banque centrale européenne durcit le ton contre les stablecoins en euro. Réunie cette semaine avec les ministres des Finances de l’Union européenne, la BCE a rejeté plusieurs propositions destinées à favoriser leur développement, estimant qu’elles pourraient menacer la stabilité financière du bloc. Cette prise de position intervient alors que les stablecoins adossés au dollar dominent largement le marché mondial et renforcent la pression sur l’Europe dans la course aux paiements numériques.

En bref
- La Banque centrale européenne refuse plusieurs propositions visant à accélérer le développement des stablecoins en euro.
- Christine Lagarde estime que ces actifs pourraient fragiliser les banques et perturber la politique monétaire européenne.
- La BCE redoute notamment un transfert massif des dépôts bancaires vers des stablecoins privés.
- Les stablecoins en euro restent marginaux face aux géants adossés au dollar comme USDT et USDC.
La BCE rejette les propositions visant à accélérer les stablecoins en euro
Tandis que la France pousse l’Europe à promouvoir les stablecoins en euro, la tension est montée d’un cran lors d’une réunion des ministres des Finances de l’Union européenne à Nicosie. En effet, la BCE a fermement rejeté plusieurs propositions du think tank Bruegel destinées à soutenir le développement des stablecoins libellés en euro.
Christine Lagarde s’est opposée à cette approche en estimant qu’elle pourrait fragiliser le système bancaire européen et affaiblir le contrôle monétaire de la banque centrale.
Voici les principales inquiétudes exprimées par la BCE :
- Un transfert massif des dépôts bancaires vers des stablecoins privés ;
- Une hausse du coût de financement des banques européennes ;
- Un affaiblissement de la transmission de la politique monétaire ;
- Un risque de crise de liquidité en cas de perte de confiance sur les réserves ;
- Le refus pour la BCE de devenir un prêteur en dernier ressort pour les émetteurs de stablecoins.
L’institution européenne estime qu’un soutien implicite aux stablecoins privés pourrait créer un précédent dangereux pour la stabilité financière de la zone euro. Cette prudence intervient alors que l’Union européenne applique déjà le règlement MiCA, considéré comme l’un des cadres réglementaires les plus stricts au monde pour les cryptos. Derrière cette ligne dure, Francfort cherche surtout à empêcher l’émergence d’acteurs capables de concurrencer directement les dépôts bancaires traditionnels à grande échelle.
L’Europe craint une domination totale du dollar numérique
Le débat dépasse désormais le cadre réglementaire. Les stablecoins en euro restent aujourd’hui extrêmement marginaux dans l’écosystème crypto mondial. Ils représentent seulement 0,3 % de l’offre globale de stablecoins, alors même que les utilisateurs européens réalisent près de 38 % des transactions mondiales liées à ces actifs. Le principal stablecoin en euro, EURC de Circle, reste très loin derrière les géants adossés au dollar comme USDT ou USDC. Cette situation nourrit les inquiétudes de plusieurs responsables européens qui redoutent une forme de « dollarisation numérique » du marché des paiements.
Face à cette montée en puissance des stablecoins américains, la BCE défend une autre stratégie. L’institution privilégie les dépôts bancaires liés à la tokenisation ainsi que des infrastructures financières soutenues directement par la banque centrale, notamment via les projets Pontes et Appia. En parallèle, les travaux autour de l’euro numérique se poursuivent avec un calendrier qui viserait un lancement vers 2029. Cette approche tranche avec la dynamique observée aux États-Unis, où le projet de loi GENIUS Act pourrait accélérer encore davantage l’expansion des stablecoins privés liés au dollar.
Cette confrontation entre prudence européenne et offensive américaine pourrait redessiner l’équilibre monétaire numérique des prochaines années. La BCE tente de protéger la stabilité financière de la zone euro en privilégiant l’euro numérique sans laisser émerger un acteur privé capable de concurrencer les banques traditionnelles. Reste à savoir si cette stratégie permettra réellement à l’Europe de conserver sa place dans l’économie numérique mondiale, alors que le dollar continue d’étendre son influence au cœur même de l’industrie crypto.
Maximisez votre expérience Cointribune avec notre programme 'Read to Earn' ! Pour chaque article que vous lisez, gagnez des points et accédez à des récompenses exclusives. Inscrivez-vous dès maintenant et commencez à cumuler des avantages.
Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.